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Senghor et la culture sereer

  Table ronde – Association Cosaan Sereer / Association Le Lien – 02 mai 2015 Daniel TONGNING Chef de service, membre actif de l’Association Le Lien, La Courneuve   Introduction  Revenir à Senghor, c’est toujours revenir à une source. Non pas une origine figée, mais une source vive, un foyer de sens, un lieu où se nouent l’expérience, la mémoire et la pensée. En consacrant cette journée à la culture sereer, l’Association Cosaan Sereer et l’Association Le Lien ont choisi de mettre en lumière ce foyer originaire, ce lieu matriciel où s’est formée l’une des plus grandes voix de l’Afrique contemporaine. La table ronde intitulée « Senghor et la culture sereer » nous invite à interroger ce lien profond, presque organique, entre l’homme, le poète, le philosophe et son univers d’origine. Car chez Senghor, l’identité sereer n’est pas un simple élément biographique : elle est une structure de sensibilité, une manière d’habiter le monde, une forme première de présence. Ell...

Le pouvoir tribal et l’effondrement du développement du Cameroun Essai sur la confiscation du politique et la nécessité d’une pensée de la transformation

Le développement d’un pays ne dépend pas seulement de l’abondance de ses ressources, de la qualité de ses infrastructures ou de la compétence de ses dirigeants. Il dépend fondamentalement de la capacité d'une société à transformer ses ressources en puissance collective. Le développement est, en ce sens, une œuvre politique avant d'être une simple performance économique.  Il suppose l'existence d'un pouvoir capable de dépasser les intérêts particuliers pour produire une orientation commune, une vision du futur et une organisation rationnelle des forces sociales.  C'est à partir de cette proposition qu'il devient possible d'interroger la situation du Cameroun.  La question camerounaise ne serait pas seulement celle d'un pays qui ne se développe pas suffisamment. Elle serait celle d'un pays dont les potentialités considérables semblent constamment rencontrer une limite politique et institutionnelle. Cette limite peut être recherchée dans la nature du po...

La réforme constitutionnelle et la maîtrise de la succession au Cameroun

La dernière réforme du texte fondamental camerounais peut être interprétée comme une tentative de maîtriser à l’avance la succession présidentielle et, plus largement, d’empêcher que la vacance du pouvoir ne devienne le point de départ d’une recomposition imprévisible des équilibres politiques, régionaux et sociologiques du pays. Il serait toutefois excessif d’affirmer que la réforme vise explicitement à empêcher l’accession au pouvoir d’un anglophone ou d’un Bamiléké, car aucune disposition constitutionnelle ne comporte une telle exclusion. La question doit plutôt être posée en termes de mécanismes institutionnels et de contrôle de la compétition politique. La création d’une vice-présidence constitue, à cet égard, une modification décisive. Désormais, le vice-président est nommé par le président de la République et, en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif du chef de l’État, il lui succède pour achever son mandat. La vacance présidentielle cesse ainsi d’être nécessai...

La Flatterie

La flatterie, le sais-tu, s’avance en robe douce, Un murmure enjôleur qui lentement nous pousse. Sous l’apparence d’or qu’elle dépose aux yeux, Elle cache un dessein patient, silencieux.   Elle effleure le cœur comme une main légère, Mais cherche à dissoudre en nous la garde austère ; Elle endort le regard, elle trouble l’esprit, Et glisse un miel trompeur où la vérité fuit.   Le flatteur n’offre rien qu’un appât qui s’avance : Il maquille son jeu sous un masque de chance. Celui qu’il enveloppe, hélas, devient sa proie, Un mouton qu’on prépare à dépouiller de soi.   Dans les cercles humains, familles ou nations, Cette mécanique œuvre en mille variations : Elle panse les affronts qu’elle-même a causés, Et cache les desseins qu’elle veut imposer.   Car la flatterie ment : ce n’est jamais l’amour ; Elle ignore la dignité qu’on doit au détour. Elle ne voit en l’autre un être à respecter, Mais un chemin facile où s’impose sa volonté.   Heureux celui qui sait déceler ...

Poème de la Négritude Economique

Il y a, quelque part entre l’aube et la braise, un continent qui respire dans la paume des vivants. Un continent sans frontières, sans cartes, sans conquérants, un continent qui se lève dans chaque geste noir comme une étoile qui apprend à marcher.  Ce continent, c’est la négritude économique. Non pas une théorie, mais une pulsation. Non pas un programme, m ais une naissance. Non pas une revendication, mais une ascension.  I -Terre  La terre noire n’est pas sombre : elle est profonde.   Elle porte dans ses sillons des mémoires que même le vent n’a pas su disperser. Elle porte des chiffres qui sont des racines, des racines qui sont des promesses, des promesses qui sont des mondes. Dans chaque grain de terre, il y a un futur qui attend son nom. II – Mains Les mains noires sont des cathédrales. Elles ont soulevé des continents, elles ont porté des empires, elles ont façonné des villes sans jamais signer leurs œuvres. Mais voici que les mains se redressent. Voici q...

Le silence des nations

Il est des peuples qui meurent sans bruit, comme s’éteignent les astres lointains : non dans l’explosion, mais dans la lente dissipation de leur lumière. Leur déclin ne commence ni par la guerre ni par la famine, mais par un phénomène plus discret, presque imperceptible : le refus de l’esprit critique. Ce refus n’est pas un simple défaut de pensée ; il est une manière de se détourner du monde, de renoncer à la lucidité, de préférer l’ombre à la clarté. Et ceux qui l’entretiennent, souvent sans même s’en rendre compte, sont les gardiens jaloux d’un exclusivisme social qui, croyant se protéger, scelle en réalité la tombe des nations. I - Quand la pensée se tait, les murs se rapprochent  Le refus de l’esprit critique est une fatigue de l’âme. Il naît lorsque la vérité devient trop lourde à porter, lorsque la complexité du réel effraie, lorsque la contradiction apparaît comme une menace plutôt qu’une chance. Alors, on se replie. On se contente de certitudes usées, de slogans rassurants...

Tribalisme et pouvoir : quand la division devient une stratégie politique

Dans de nombreuses sociétés, le tribalisme continue de façonner la vie politique et sociale. Souvent perçu comme une simple réalité culturelle, il est en vérité bien plus que cela : un outil politique puissant, utilisé pour diviser, gouverner et durer au pouvoir. Le tribalisme repose sur une logique simple mais dangereuse : l’appartenance à un groupe prime sur la citoyenneté. On ne débat plus d’idées ou de projets, mais de qui est des nôtres et qui ne l’est pas. Cette vision réduit la société à une mosaïque de camps opposés, incapables de se rassembler autour d’un intérêt commun. La fragmentation sociale comme terrain fertile Lorsque les individus se définissent d’abord par leur tribu, leur ethnie ou leur région, la cohésion nationale s’effrite. L’État cesse d’être un espace partagé et devient une ressource à conquérir. L’accès aux emplois, aux opportunités et à la reconnaissance dépend alors moins du mérite que de l’appartenance. Cette situation nourrit frustrations, ressentiments et ...

L’irrationalité camerounaise : mode d’emploi d’un chaos qui fonctionne

Au Cameroun, l’absurde n’est pas une anomalie. C’est un mode de fonctionnement. Une constante du paysage. Une logique parallèle qui, à force de répétition, devient normale. Un pont s’effondre trois mois après son inauguration ? Pas de panique. L’administration a "pris acte" et promet une "enquête approfondie". Un enseignant contractuel n’est pas payé depuis huit mois ? On lui demande... de faire preuve de patience. Bienvenue dans un pays où l’irrationnel ne choque plus : il fait partie du décor. Mais pourquoi ? Et surtout : comment ça tient encore debout ? Quand l’anormal devient banal Au fil des années, les Camerounais ont appris à vivre dans le paradoxe permanent. Ce n’est pas que rien ne fonctionne. C’est que rien ne fonctionne comme prévu. Les administrations sont lentes, les institutions souvent impuissantes, les règles changent sans prévenir. Mais malgré tout ça, les gens avancent. Ils s’adaptent. Ils créent. Et plutôt que de crier au scandale chaque fois que ...

Le poids de la vérité

La vérité m'offrait d'heureuses émotions, Un feu pur, éclatant, fait de révélations. Le mensonge cruel, aux funestes murmures, Me laissait dans le cœur de profondes blessures. Et le temps infini, tout de sagesse fait, Jugeait sans un mot, mais jamais ne faillait. Il sculptait lentement, d'une main souveraine, Les traits de l'esprit, les contours de la peine. Ainsi va l'existence, entre ombre et clarté, Tirant de chaque pas sa propre vérité. Le silence du temps, plus fort que mille cris, Pèse plus qu’un serment ou qu’un aveu trahi.

Philosophie du droit administratif : la pensée du Professeur Jean Calvin Aba’a Oyono

Le Professeur Jean Calvin Aba’a Oyono, universitaire camerounais agrégé en droit public, est une figure marquante du paysage juridique africain. Spécialiste du droit constitutionnel et administratif, il développe une philosophie du droit qu’il qualifie lui-même d’« églisienne », une approche rigoureuse, doctrinale et profondément engagée. Une vision doctrinale du droit administratif Au cœur de sa pensée se trouve une conviction forte : les institutions administratives, notamment les fédérations sportives comme la Fécafoot, doivent bénéficier d’une autonomie réelle vis-à-vis de l’État. Il affirme que « la Fédération n’est pas une administration publique » et rejette toute idée de tutelle hiérarchique exercée par le ministère des Sports.  Cette position, qu’il a défendue publiquement lors du conflit entre la Fécafoot et le gouvernement camerounais, illustre sa volonté de sanctuariser les espaces de gouvernance associative. Pour lui, le droit administratif ne doit pas être un inst...

L’obnubilarisme du pouvoir au Cameroun : entre impasse politique et espoir de renouveau

Introduction Le Cameroun, pays d’Afrique centrale riche en diversité culturelle et en ressources naturelles, est confronté depuis plusieurs décennies à une forme de gouvernance marquée par une obnubilation du pouvoir. Ce phénomène, que l’on peut qualifier d’obnubilarisme, désigne une fixation pathologique du pouvoir sur lui-même, au détriment de la lucidité, de l’ouverture et du progrès. Dans le cas camerounais, cette dynamique a engendré des conséquences profondes sur les plans social et économique, tout en bloquant les mécanismes naturels de transition et de renouvellement politique. I - L’obnubilarisme du pouvoir : une pathologie politique   L’obnubilarisme du pouvoir se manifeste par une centralisation excessive, une personnalisation du pouvoir, et une résistance systématique à l’alternance. Le régime en place, depuis plus de quatre décennies, s’est construit autour d’un appareil étatique verrouillé, où les institutions sont subordonnées à la volonté présidentielle. La Co...

L’indignité dans la gouvernance : une trahison du pacte démocratique

Le concept d’indignité dans la gouvernance renvoie à une perte de légitimité morale ou politique chez ceux qui détiennent le pouvoir, souvent en raison de comportements contraires à l’éthique, à la justice ou à l’intérêt général. A la veille des élections d’octobre en Afrique noire, le cas du Cameroun est intéressant en ce qu’il doit être enseigner dans les facultés des sciences politiques.   La gouvernance, dans son essence la plus noble, repose sur un pacte implicite entre les gouvernants et les gouvernés : celui de la confiance, de la responsabilité et du service de l’intérêt général. Lorsque ce pacte est rompu, non par erreur mais par cynisme, par corruption ou par mépris des principes fondamentaux, c’est l’indignité qui s’installe au sommet de l’État. L’indignité dans la gouvernance ne se mesure pas seulement à l’aune des scandales financiers ou des abus de pouvoir. Elle se manifeste dans les silences complices, les promesses trahies, les décisions prises au mépris des plus ...